Moi, Je. #1
Suite à la demande de Baud (post intitulé Le onze du neuf) , et même si je ne trouve qu'un intérêt gymnastique digital à l'exercice, voici mon 11 septembre 2001.
Après avoir passé une matinée laborieuse à la maison hors médias, me voici sur la E 411 entre Bierges et Bruxelles, silence routier.
Me dépassant dans sa golf improbable sortie des années 80, un pilote casquetté apparaît, me dépassant tel un robot dodelinant la partie supérieure (et visible à 170 km/h) de son corps au rythme d'une musique dont j'ignorerai toujours la substance.
Toujours est-il que cette furtive apparition conduit à mon cerveau l'idée de la musique, elle-même conduit à ma main droite l'ordre d'allumer l'autoradio. Par quelle audace modulaire la fréquence de celui-ci fut-elle celle de klara, me voilà sous l'influence d'une symphonie de Beethoven.
Le premier impact avait déjà eut lieu depuis 20 minutes.
Puis, approchant Jesus-Eik et suffisamment abreuvé par le génie sourd, la flèche droite, tète chercheuse d'une nouvelle fréquence, fut actionnée.
Bel RTL, bêle le speaker, belle catastrophe. Commentée en direct, lui (il s'appelle Deleeuw je crois) regardait la télé en studio, nous, auditeurs catastrophés, n'avions que sa description et notre imagination.
Hagard et continuant à rouler vers la ville, ne conscientisant plus le but de cette expédition capitaliste, garant ma voiture je ne sais où près du parc Royal, me voilà errant, ces gens que je croise savent-ils l'horreur ?
Plongé dans la dichotomie, entre cette avidité voyeuse et cette répugnance du sensationnel, me voilà devant le Quick, porte de Namur. J'entre.
Là, les écrans T.V. qui d'habitude déversent du MTV à l'oeil, pupilles dilatées des mangeurs de giants, étaient branchées sur le News permanent. Images revues mille fois depuis.
"Un fishburger, une eau pétillante et …"
La première tour s'effondre.
Et ainsi de suite jusqu'à la nausée.
Retour vers ma voiture, ironie d'un sort terrorisant, je l'avais garée juste à l'arrière de l'ambassade américaine, trois grands chiens et des policiers inspectaient mon véhicule, moi exhibant à leur demande ma carte d'identité prouvant ma propriété automobile et prié de dégager le plus vite possible.
Prémisses de cette panique Ben Ladienne qui suinte aujourd'hui encore à travers les tous pores de toutes les villes.
"Nous sommes tous des américains" dirent-ils dès le lendemain, et j'ai l'odeur des frites de chez Quick dans ma buée cervicale. Américains, frites.
Voilà une bien triste fin.
Célébrer ce 11, c'est aussi alimenter.
Alimenter haines et barbaries, celles qui tuent des innocents.

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